10. März 2026

RTS: Recyclage des batteries: voyage dans les coulisses d'une industrie

Des brosses à dents électriques au smartphone, en passant par les vélos et les voitures, notre quotidien est saturé d'objets contenant des batteries.

RTS - basik 2 mars 2026 - Recyclage des batteries: voyage dans les coulisses d'une industrie | RTS

Recyclage des batteries: voyage dans les coulisses d'une industrie

Des brosses à dents électriques au smartphone, en passant par les vélos et les voitures, notre quotidien est saturé d'objets contenant des batteries. Mais que deviennent ces sources d'énergie une fois usées? Où sont-elles recyclées et par qui? Voyage dans les coulisses du recyclage.

Notre périple commence à Ecublens, dans le canton de Vaud, où les hangars du Groupe Barec, l'un des principaux recycleurs de Suisse, se dressent le long de l'autoroute.

Le groupe valorise diverses marchandises, dont les déchets électriques et électroniques: 5000 tonnes l’an dernier. Ils affluent depuis les déchetteries, centres de collecte et magasins.

Collecte et dépollution: les premières étapes cruciales

Première étape ici: le tri. Les piles et batteries sont mises de côté, mais leur extraction des appareils, appelée dépollution, est un travail manuel minutieux. Roger Blesi, directeur général du Groupe Barec, souligne le défi: "Il y a de plus en plus de batteries et les appareils sont de plus en plus petits."

 Il y a chaque jour un feu qui démarre chez un recycleur en Suisse.

Roger Blesi, directeur général du Groupe Barec

Le danger inhérent à l'extraction des batteries au lithium est le risque d'incendie. Roger Blesi met en garde: "Ces batteries peuvent s'allumer à tout moment... Il y a chaque jour un feu qui démarre chez un recycleur en Suisse."

Une fois remplis de piles et de batteries, les fûts prennent la direction de Wimmis, dans l'Oberland bernois.

Batrec, le cœur du recyclage des piles et batteries

Batrec, filiale du groupe Veolia, recycle pratiquement toutes les piles et batteries de Suisse. "On en reçoit environ 3700 tonnes par an, dont environ 30% sont des batteries au lithium", déclare Philippe Zanettin, directeur général de Batrec.

Historiquement, le site recyclait les piles alcalines via un procédé pyrométallurgique, c'est-à-dire une fusion à 1500 degrés pour récupérer ferromanganèse incandescent et zinc liquide.

Le recyclage des batteries au lithium est radicalement différent. Batrec a investi plusieurs millions dans un nouveau bâtiment et une machine, opérationnels depuis 2024. Les batteries lithium sont d’abord broyées, puis les différents métaux sont séparés. Un processus purement mécanique, sans chimie ni chaleur.

La valeur de ces matériaux est significative: "Deux tiers de la valeur est dans la 'black mass' et un tiers dans le cuivre", précise Philippe Zanettin. Le 4 février au matin, la tonne de cuivre s'échangeait à plus de 13'000 dollars au London Metal Exchange.

Taux de recyclage entre 70 et 85%

Concernant la destination de ces matières premières, Philippe Zanettin détaille: "Le cuivre, l’aluminium et le fer restent en Europe. Par contre, on doit exporter la masse noire en Corée du Sud, car l’essentiel de la production de batteries se déroule en Asie."

En termes d'efficacité, Batrec annonce un taux de recyclage d'environ 85% pour les batteries alcalines et de 70-75% pour les batteries au lithium. Leur activité est en partie financée par la Taxe d'élimination anticipée (TEA), incluse dans le prix de vente des piles et appareils électriques et électroniques, et payée par le consommateur.

Librec, l'avenir du recyclage des batteries de voitures électriques?

De par leur taille et leur multiplication, les batteries de voitures électriques représentent un défi majeur dans le domaine du recyclage. Située près de Soleure, l’entreprise Librec s’est lancée sur ce marché très concurrentiel en 2024.

Librec se présente comme un leader européen du recyclage des batteries lithium-ion, avec un taux de récupération de matériaux de valeur dépassant les 97%. Directeur commercial et marketing de l’entreprise, Beat Seiler claironne: "97% est certainement le meilleur résultat au monde et en Europe. De plus, nous travaillons à 100% avec des énergies renouvelables. Nous consommons très peu d'énergie et avons des émissions de CO2 très faibles."

Le manque de normes uniformes pour les batteries constitue un défi, mais Librec ambitionne d’atteindre sa capacité maximale d'ici trois à quatre ans, avec 9000 tonnes par an. En phase de développement, l'entreprise n'est pas encore rentable. Rendez-vous dans quelques années pour voir si recycler des batteries de voiture électrique est une affaire qui roule.